Ce matin là, après une bonne nuit, je commence ma journée par une douche et me dépêcher de retrouver Guy devant l’entrée principale de Changdeokgung. Aujourd’hui nous avons prévu de visiter ce palais ainsi que ses jardins privés en costume traditionnel. Comme il est en retard, j’en profite pour me peigner, assis sur un banc, la tignasse encore humide. il arrive toute penaud avec quinze minutes de retard. je le coupe à ça quatrième excuse, pour lui dire que tout va bien, je n’ai absolument pas souffert de l’attente, cela m’a au contraire permis de finir ce que j’avais à faire et de me détendre.
Apaisés, nous partons vers le magasin de location de costumes. nous choisissons une boutique où les commerçants parlent anglais. après discutions et réflexions, il jette son dévolu sur un ensemble mauve, dont le baji (pantalon) est hélas bien trop large pour lui. Quant à moi, après un rapide tour des cintres à disposition, je revêt une chima jaune (c’est normalement une jupe, mais elle est attachée à un bandeau de poitrine avec des bretelles pour plus de praticité) et un jeogori orange (veste). Les couleurs me vont fort bien et mon chapeau s’accorde de façon originale à l’ensemble, comme un détail un peu insolite dans une tenue au final pas si classique. Même mes lunettes sont accordées au reste. Visuellement c’est très réussit. Une jeune femme me fait deux petites nattes sur les cotés pour faire un semblant de coiffure traditionnelle. J’ai les cheveux jusqu’aux épaules (traditionnellement, les femmes se laissaient pousser les cheveux) et ils ont ensemble le volume d’une seule nappe de coréenne. Je sens qu’elle maitrise son expression faciale pour ne pas trop laisser paraitre la pitié de lui inspirent mes fils de soie éparses. Si j’ai le crin fin et sec, il a au moins le mérite d’être doux. On tire de la fierté où on peut et hélas, ce jour là ne brillera pas par la fierté et l’élégance que je vais générer.
Les hanboks ont des couleurs codifiées en fonction du rang social et du statut marital. Celui que j’ai choisi est ce qu’ils appellent les hanboks modernisés. Les coupes sont traditionnelles mais les couleurs plus modernes, avec des détails de broderies. Les couleurs que j’ai choisie sont sensées être nobles et élégantes.
Et ils n’y a pas que les couleurs qui sont modernisées, les matières aussi. Car ces costumes de locations doivent être faciles à nettoyer. Ils sont donc en synthétique. Je me dit que ça va aller, que c’est léger, que ça va le faire, malgré la chaleur… Que ce sont des tissus qui laissent passer l’air… et je ne garde donc pas mon t-shirt en coton sous ma tenue. Quelle erreur ! Je vais le regretter pour le restant de la journée. Heureusement, sous la jupe, je porte une crinoline, pour ajouter du volume. Cela me permettra aussi de ne pas avoir les jambes directement en contact avec le tissu de l’enfer.

Comme il nous reste encore une bonne heure avant le début de la visite guidée, nous partons tous costumés vers le palais de Changgyeonggung. Je le visite pour la troisième fois et c’est avec toujours autant de plaisir. Les lieux sont magnifiques.

Nous visitons la Serre, la première de style européen en Corée. » Érigée en 1909, cette grande serre est la première serre de style occidental en Corée. Elle fut construite avec un zoo au sein du palais Changgyeonggung par le gouvernement colonial japonais, sous le prétexte de consoler l’empereur Sunjong (1874~1926, r. 1907~1910) qui vivait à Changdeokgung, à coté de Changgyeonggung, à l’époque. Conçue par un dessinateur japonais et construite par une entreprise française, ce bâtiment de style occidental à une structure mixte de métal et de bois et est recouverte de verre. Quand la construction fut achevée, de rares plantes ornementales et exotiques furent exposées. Des plantes natives de Corée y sont exposées depuis sa restauration en 1986. En 2004, La grande serre est inscrite sur la liste d’état de l’héritage culturel au numéro 83. » source, traduit de l’anglais par mes soins.


L’atmosphère est encore plus étouffante à l’intérieur. Toutes ces plantes miniatures soigneusement entretenues et misent en scène sont magnifiques mais la chaleur et l’humidité sont suffocantes.


L’heure de la visite approche et nous nous dirigeons vers l’entrée des jardins secrets (후원, 後苑, Huwon, jardin arrière). Nous arrivons à temps pour la visite guidée. L’entrée coute 5000 won (moins de 3 euros) et il faut s’inscrire au guichet car les places sont limitées. La moitié sont réservables en ligne et l’autre moitié sur place, avec des créneaux spéciaux pour les touristes étrangers. Cela évite que tout soit réservé en ligne et que ceux qui font le déplacement se voient refusés l’accès.


J’ai déjà trop chaud depuis plus d’une heure, le tissu synthétique gratte, colle à la peau et donne l’impression de circuler avec une étuve portative autour de moi. La sueur me coule sans discontinuer dans le dos. Je ne tiens plus et fini par enlever mon jeogiri, tant pis pour le soleil, et le regard outré des coréens présents, surtout ceux des générations précédentes. On met mon manque de respect des convenances sur mon étrangeté et je ne cherche pas à les contredire. On ne me fait pas de remarques, mais je sens, les regards et je vois les messes basses. Et puis la robe laisse voir non seulement mes épaules et mes bras, mais aussi le haut de mes omoplates, avec les marques indélébiles de l’ancre. Les tatouages sont encore très mal acceptés en Corée. Je brise complétement les convenances et bafoue le costume traditionnel. J’en ai pleinement conscience, même sur le moment, et j’essaie de rester discret et de ne pas montrer que j’ai profondément honte d’inspirer un tel manque de respect. Hélas, j’ai terriblement chaud. J’ai déjà eu moins chaud par les même températures, en portant un kilt en laine, avec un jupon et une chemise en coton.






Vers la fin de la visite, je discute à l’ombre avec la guide, qui essaie de me dire avec respect, à quel point ma tenue est inconvenante alors que j’aborde le sujet. Je m’excuse platement, lui expliquant comme je peux à quel point j’ai des difficultés sensorielles et que je regrette amèrement d’avoir choisi cette tenue. Elle fait preuve de compassion à mon égard et je l’en remercie. Elle m’explique que les guides devaient avant effectuer les visite avec des costumes en polyester et qu’ils ont protestés et les ont fait remplacer par des uniformes plus moderne, dans des tissus plus respirants et agréables. Avant de quitter les jardins, je remet la veste, pour rejoindre le cœur du palais, ouvert au public, afin de ne pas choquer plus de personnes. Guy, sensible à ma détresse, essaye de m’aider et de capter mon attention sur d’autres sujets afin que je ne fonde pas en larmes en plein milieu d’un monument historique.
Comme nous avons faim, il me propose que nous allions manger. il me propose aussi que l’on rende les costumes avant et je refuse, parce que je suis borné et déjà complétement surchargé sensoriellement. Je n’arrive plus a réfléchir correctement, mon cerveau boue autant que le reste de mon corps, mes neurones se liquéfient et s’évacuent par mes pores.
Il a du mal à choisir un restaurant dans le dédale des ruelles commerçantes à proximité du palais. Ma faim prends le pas, je passe devant, en mode chien de chasse et m’arrête au premier établissement qui propose des soupes. Oui, des soupes. Un bon bol de nouilles en bouillon c’est un plat que j’adore, qu’importe la température et là, j’ai besoin d’un repas réconfortant. La salle est climatisée, on s’installe au fond, je peux enfin souffler.
il s ‘inquiète pour moi, qui suit au bord des larmes, je n’arrive même plus à tenir mes couverts, ou à parler de façon assez intelligible d’ailleurs. Petit à petit, je refroidis, j’arrive de nouveau à fonctionner et à parler correctement, car évidement j’en perdait mon anglais et la communication devenait de plus en plus hasardeuse. Nous prenons bien le temps de manger. La serveuse nous regarde avec cet air curieux qu’on peut donner aux couples qui ont une engueulade en public. J’ai l’air défait et triste, il est inquiet. De l’extérieur, on peut comprendre la méprise, surtout que nous échangeons nos plats afin de partager.

Après le repas, je vais bien mieux. J’ai retrouvé mon calme. Même si j’ai hâte d’enlever mon attirail et de retrouver la douceur du coton. Je peux au moins fonctionner sans avoir l’air d’un gremlin. Nous repartons vers la boutique, faisons une dernière photo pour immortaliser les costumes (voir plus haut) et je retrouve mes vêtements avec grand plaisir.
Nous nous quittons là. Il a prévu de retrouver des amis de fac plus tard dans la journée. Moi je pars visiter le temple Jongmyo, qui est en travaux.
Pour en savoir plus sur les lieux visités :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Changdeokgung
https://english.khs.go.kr/html/HtmlPage.do?pg=/royal/RoyalPalaces_3.jsp&mn=EN_02_03_04
https://english.khs.go.kr/html/HtmlPage.do?pg=/royal/RoyalPalaces_1.jsp&mn=EN_02_03_02
Pour en savoir plus sur les Hanbok :
https://cahierdeseoul.com/kim-kyung-soo/
https://simcorner.com/blogs/travel-guides/hanbok-color-symbolism-decoding-traditional-meanings
https://www.korea.net/NewsFocus/Culture/view?articleId=117325
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